Jour 30 - Samsun (Turquie)
Publié le 23 Mars 2013
Demain, nous arriverons a Batumi, Géorgie. Autre pays, autre culture et l'occasion de bosser un peu notre accent russe. D'avance, Nasdarovie !
Tanquée sur les bords de la mer Noire, Samsun restera donc comme notre ultime escale en Turquie. Une dernière ville de province a 9h de bus de la frontière caucasienne, sans grand charme avec ses avenues larges et autres immeubles impersonnels, mais non sans vie. Non sans hôtels bien pourris aussi. Impossible de vous citer le nom de celui dans lequel nous avons dormi cette nuit. Nous retiendrons seulement qu'a l'inverse du précèdent, cette fois la poignée de la chambre ne nous est pas restée dans la main.
Dans ces agglomérations que notre guide du Routard n'a pas daigne explorer, les bons plans ne sont plus le fruit que du hasard. Il y a deux jours par exemple, celui-ci nous a fait grâce d'un repas aussi délicieux que gargantuesque pour la modique somme de 5 euros. A ce prix toutefois, inutile d'espérer engager une conversation avec le cuistot. Ni avec quiconque d'ailleurs. Dans ce coin du pays, les anglophones sont aussi rares que les bières en terrasse. Et il devient extrêmement cocasse de voir avec quelle curiosite les Turcs se retournent sur notre passage, nous observant de pied en cap puis débordent finalement d'attentions a notre égard. Sollicitudes vite limitées par les incompréhensions d'usage de ce côté-ci du Bosphore.
Un temps de chien
La presence de touristes y est nettement plus inhabituelle. C'est simple : les derniers que nous ayons croises, dont encore bon nombre d'asiatiques, semblaient tous vouloir se concentrer en Cappadoce, etape photographique obligee apres les merveilles de Constantinople. La région est magnifique par ailleurs, sı vous en doutiez encore. Sa géologie et ses couleurs déconcertantes, son histoire abondante, ses villlages troglodytiques, ses eglıses des premiers chretiens et... ses deux ou trois chiens. D'admirables cabots errants en fait, toujours prêts a aboyer pour un oui ("evet") ou pour un non ("hayır"), quand ils ne cherchent tout bonnement pas a vous arracher une cheville sans accord préalable de votre part.
C'est precısèment ce genre de mésaventure a laquelle nous fumes confrontes un apres-midi que nous nous promenions dans une de ces ravissantes vallées lunaires et isolées. İci pas de turkish-pop d'hypermarché (sans aucun doute la plaie de cette contrée), point non plus de drapeaux turcs en pagaille ou de badauds prêts a se mettre au garde-à-vous au moindre hymne national balance dans une kermesse d'école. Juste un grand désert baigne de printemps et conquis par les plus varies des volatiles. Pourtant, profitant sans doute de notre état béat d'émerveillement, quatre vilains clébards tous crocs dehors se sont brutalement decide a briser la paix ambiante et dévaler la montagne a la vue (ou a l'odeur) de nos chaussettes. Premier réflexe - le moins pertinent - courir comme des dératés. Deuxième acte, guère plus réfléchi : se jeter de deux bons mètres dans un ruisseau encaisse. Enfin, faute d'être parvenus a semer ces enrages, employer la manière forte : un bon vieux gourdin brandi au ciel, ainsi que que quelques ridicules cris rauques et démentiels.
Croyez-le ou non, devant cette scene d'agitation quasi burlesque - ou fut-ce l'emploi de la langue de Moliere ? - les bâtards ont fini par rengainer l'écume rageuse de leurs babines et nous laisser transpirants, quitte pour une belle frousse et une histoire a raconter. Ainsi que la sensation de s'en être bien tires. Car gageons que dans la profondeur de ces lointains ravins doivent reposer des bataillons de Japonais dechiquetes, comme autant de vacanciers oublies aux mollets saillants, l'appareil photo encore autour du coup, victimes innocentes des terribles chiens de Goreme et d'Uchisar (les bleds du coin). Sayonara les gars.