Jour 48 - Şəki (Azerbaidjan)

Publié le 10 Avril 2013

Jour 48 - Şəki (Azerbaidjan)

Du pays de Kubri, c'est sans doute l'une des coutumes les plus surprenantes mise en avant dans les guides touristiques : le Géorgien, si porte sur la chose par ailleurs, ne trinquerait a la bière qu'avec ses ennemis, et nul autre fortune compagnon de beuverie.

Ce soir-la pourtant, dans ce triste bar du centre de Kutaisi, a peine avions-nous fini la notre que la serveuse nous déposait sous le nez une nouvelle fournée de houblon, bien moussue et fraîchement tirée, mais que nous n'avions absolument pas commandée. Et pour cause. Dans notre dos, édentés et pour le moins éméchés, deux indigènes avaient visiblement décidé de nous payer une tournée. Et déjà, de brandir haut leurs chopes pour porter un toast que, forcement, nous imaginions encore empreint d'une terrible inimitié. Frissons dans la salle...

Nous apprendrions bien plus tard que le primat de l'Église orthodoxe apostolique de Georgie, archeveque de Mtskheta et Tbilissi, sa Sainteté et Sa béatitude Elie II, venait dans son incommensurable sagesse de suspendre officiellement la portée belliqueuse du choc des pintes, du poids des mots et du grabuge qui ne manquaient jamais de suivre. Bref, nous étions saufs (je vous passe la les détails de cette rencontre avec ces deux êtres aussi pleins qu'un minibus de campagne, qui par la suite insistèrent lourdement pour s'asseoir a nos cotes, vider leur bouteille de vodka, s'exprimer dans le plus confus des charabias en vogue de ce cote-ci de la riviere Rioni et tenter même de nous chaparder un bonnet du RCT... pour finalement nous relâcher, a moins que nous ne soyons tout simplement parvenus a nous enfuir).

A la sante de la notre conservee

Toute cette histoire (un peu longue, je sais) pour vous éclairer sur le rituel quasi religieux, bien que si peu monastique, qui prédomine lorsqu'il s'agit de trinquer - et il s'agit souvent - a la georgienne. Qui n'a vécu cette expérience mystique ne peut en effet prétendre se voir gratifier d'un bon de sortie a la frontière du pays. Ou presque. Car au moins autant qu'il aime manger, le Sud-Caucasien aime boire. De la vodka certes, de la bière donc, mais aussi du vin, énormément de vin, dont il semblerait que la plus ancienne des jarres ait d'ailleurs été retrouvée dans la région de Kakheti, fontaine viticole o combien renommée de part les montagnes et les forets. Tout bon repas se doit ainsi d'être copieusement arrose, a l'étrange vin de table vieilli en pot d'argile, au délicieux Saperavi ou au terrible Chacha, l'eau de feu nationale. Mais pas n'importe comment.

L'assemblée désigne un Merikipe, charge d'abord de remplir a ras les verres, ainsi qu'un Tamada dont la périlleuse mission consiste a porter les toasts des plus sentencieux. Interdiction est gravée dans le marbre de tremper ses lèvres tant que le Tamada ne s'est pas encore lance dans un de ces sermons sur la santé des moins jeunes et des plus vieux, voire parfois, suprême audace, sur la fraternité entre peuples de différentes confessions. On ne rigole pas. Jamais. Ce n'est qu'alors qu'il convient de vider sa timbale d'une traite puis d'attendre - en général 3 ou 5 bonnes minutes - que le Tamada ne remette ça. Le tout en ponctuant ces descentes d'un "Gaumarjos " qui en dit bien plus long sur cette hospitalière contrée que - suite et fin - n'importe quel guide touristique mal informe. Prend ca, le Lonely.

Visa fissa

Mais ici, maintenant, tout de suite, l'Azerbaidjan, pays des routes poussiéreuses et des maisons de thé qui ne servent... que du thé. Telle diète ne peut probablement pas nuire, d'autant que l'accueil est plus chaleureux que n'importe quel schnaps local. Toutes dents dehors - quand il en reste, sinon elles sont en or - et la main posée sur le coeur, l'Azeri n'a pas son pareil pour vous aborder dans la rue et entamer de longues tirades en turc dont il nous est bien sur impossible de saisir un traître mot. Reste qu'il va falloir s'y faire, puisque nous sommes maintenant face a une équation a plusieurs inconnues : comment demander et obtenir fissa un visa ouzbek dans une ambassade procédurière, puis attraper dans la foulée un ferry pour le Kazakhstan qui - dit-on - ne part que lorsqu'une obscure raison a peine hebdomadaire ne finit par le décider, tout en restant le moins possible a Bakou, capitale réputée prétentieuse et outrancierement chère, en tentant neanmoins de découvrir autant que faire se peut cette nation mystérieuse gorgée de nationalisme, de pétrole et d'Eurovision, pour enfin atteindre les steppes d'Asie centrale, le tout avant que notre visa azeri n'expire. Ce qu'il serait - doit-on le préciser - preferable d'éviter. "Votre mission, si vous l'acceptez..."

Jour 48 - Şəki (Azerbaidjan)
Jour 48 - Şəki (Azerbaidjan)
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Jour 48 - Şəki (Azerbaidjan)

Rédigé par Julie et Matthieu

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C
Que d'aventures ! Gros bisous de Marseille ! Claire, David & Ethan
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J
Salut Guerinette!Attends la suite c pas encore fini!<br /> Bon j espere que vous allez bien tous les3? Embrasse tes hommes et profite bien des vacances! Gros bisous
M
Merci ! Mais rassure-toi, tout se passe plutot bien, et nos tracas ne sont que des aleas de voyage, pas bien graves ! Et toi, tout se passe bien ? Ca bouge un peu ou pas ; ) ?
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M
Ahahah, merci ! Nous, ca nous coute un peu cher en ce moment (surtout ici, a Bakou, ville de petrodollars) mais on espere que les tarifs vont baisser en Asie centrale !
M
Ah toi, quand tu écris, on a vraiment l'impression d'y être. merci, grâce à toi, j'ai visité de nouveaux pays, et ça m'a pas coûté un rond :)
B
Et bien bon courage à vous pour la suite....tout va bien se passer;)!<br /> grosse bise de chez nous<br /> Emilie
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